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Sini et Roy |
Quand Roy, arrivé depuis peu en Italie, encore
émerveillé par la magnificence locale, bouillant de joie et d’énergie, a
rencontré la douce Sini, il a compris qu’il n’aimerait jamais qu’elle.
D’abord il a vu sa tristesse, puis les marques des coups que lui portait
un époux indigne et misérable. Les hématomes, les cicatrices, les
larmes. Il l’assurée de son amour, de son aide, de sa protection. Mais
que faire ? Une femme indienne ne quitte l’homme qu’on lui a attribué,
elle s’adapte. Elle souffre en silence.
Et les mois ont passé de rendez vous secrets en baisers volés.
Comme chaque année Sini et son mari sont allés en Inde pour un mois de
vacances. Et la main de l’homme gorgé de toddy du matin au soir s’est
faite encore plus lourde, accompagnée d’insultes et de cris.
Alors Sini a ouvert sa valise et y a soigneusement déposé ses saris et
ses churindars. Elle serré Agnus dans ses bras, très fort, pour se
donner du courage. Puis elle a pris un avion qui s’envolait vers
l’Italie.
Arrivée à Livorno, elle a téléphoné à Roy et Roy a dit : « J’ai quitté
la ville, je suis à Bologne, je t’attends, mais si tu ne viens pas me
rejoindre, nous ne nous reverrons jamais plus ». |
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Sini et Roy |
Et le cœur battant la chamade, surprise de sa propre
audace, elle a accompli, sans le savoir, la prédiction de l’astrologue.
Elle s’est échappée. Sans même saluer la Signora, sans même prendre
toutes ses affaires, restées dans la chambrette. Elle a changé son
destin, comme ça, par amour.
Ivre de rage, le mari délaissé s’est précipité chez Mary et Chappakhan,
il a exigé la petite Agnus âgée de quatre ans, et, malgré les larmes et
les suppliques, l’a emportée chez une de ses sœurs où elle vit
désormais, parmi des adultes sans tendresse pour qui elle représente une
charge de travail supplémentaire. |
Sini et Roy se sont installés à Bologne. Ils sont
heureux. Ils travaillent tous les deux, dix heures par jours et six
jours sur sept, pour des entreprises de nettoyage. Ils balaient,
astiquent, frottent, dans des bureaux où des écoles. Ils économisent
patiemment pour payer le divorce, et celui coûtera cher car le mari
monnaye chèrement la liberté de Sini et la restitution d’Agnus, et aussi
pour pouvoir retourner au Kerala, acheter une maison, ouvrir un
commerce, vivre en paix.
Sini et Roy sont nos amis. L’année dernière nous les avons suivis au
Kerala et nous avons réalisé un documentaire qui raconte leur histoire :
« Sini et Roy, une histoire d’amour entre Bologne et l’Inde ».
Aujourd’hui nous allons passer quelques jours chez Mary et Chappakhan,
dans leur village proche de Cochin. Ils soutiennent entièrement Sini
dans son combat contre son mari mais, tant que le divorce n’est pas
prononcé, et bien que connaissant son existence, ils ne veulent ni
rencontrer Roy, ni en entendre parler. La réputation de la famille est
en jeu.
Cette année, à cause de l’irresponsable lenteur des services
administratifs italiens, Sini et Roy, en attente du renouvellement de
leur permis de séjour, ne pourront pas aller au Kerala.
Et, la petite Agnus, exilée dans une famille peu affectueuse, sera
encore privée de sa mère pendant de longs mois.
India, le 11 aout 2006
(... à suivre) |
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Affiche du documentaire "Sini & Roy" |
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